Article 775 bis du CGI : Sont déductibles, pour leur valeur nominale, de l’actif de succession les rentes et indemnités versées ou dues au défunt en réparation de dommages corporels liés à un accident ou à une maladie.
À retenir 1 : le piège numéro 1, qui n’est pas précisé dans le texte de loi, c’est de mélanger l’indemnité avec le reste du patrimoine car on ne peut plus prouver l’origine des fonds. Il faut utiliser des comptes de cantonnement ou des contrats séparés.
À retenir 2 : certaines « bonnes idées » de placement (dont l’assurance-vie, selon les cas) peuvent créer une fiscalité différente et réduire l’effet pratique du 775 bis.
Quand une indemnité arrive, on pense d’abord à se reconstruire. C’est normal et on évite de penser aux malheurs… mais le jour où la personne indemnisée décède, ces sommes peuvent peser lourd dans la succession. L’article 775 bis du CGI peut permettre de réduire la base taxable. À condition de rester dans les clous. Et surtout, à condition de pouvoir prouver ! Pour anticiper les conséquences patrimoniales, il peut être utile de simuler une donation en ligne afin de visualiser les différents scénarios.
Bon à savoir
Pourquoi l’article 775 bis du CGI change-t-il votre façon de placer l’indemnité ?
L’article 775 bis permet de déduire de l’actif successoral certaines rentes et indemnités liées à un dommage corporel. Concrètement, cela peut réduire l’assiette sur laquelle seront calculés les droits de succession.
Mais cette règle a une conséquence pratique : la traçabilité devient stratégique. Vous n’êtes pas seulement en train de « placer de l’argent ». Vous êtes aussi en train de préserver une qualification fiscale. Cette logique de préservation est d’ailleurs similaire à celle que l’on retrouve dans l’épargne handicap, où la qualification du contrat conditionne les avantages fiscaux.
Quelles indemnités sont concernées et lesquelles ne le sont pas ?
Le texte vise les rentes et indemnités versées ou dues en réparation de dommages corporels liés à un accident ou à une maladie. Il ne vise pas tout ce qui ressemble à une indemnisation.
Voici une grille simple :
| Type de somme | En général, éligible au 775 bis ? | Pourquoi ça coince parfois |
|---|---|---|
| Indemnisation de séquelles, invalidité, assistance, pertes de gains liées au corps | Oui | Il faut pouvoir documenter le caractère “corporel” |
| Rente liée à un dommage corporel | Oui | La qualification et le montant “nominal” doivent être clairs |
| Indemnisation d’un dommage matériel (véhicule, biens, travaux) | Non | Ce n’est pas un dommage corporel |
| Indemnité “mixte” sans détail (forfait global) | Non | Sans ventilation, la preuve est plus difficile |
| Indemnité liée à un litige commercial, licenciement, perte d’exploitation | Non | Ce n’est pas de la réparation corporelle |
Attention
Quel est le piège principal à éviter quand vous placez l’indemnité ?
Le piège principal est simple : vous recevez 300 000 €, vous les mettez sur votre compte courant, puis vous vivez « comme d’habitude ». Quelques mois plus tard, tout est mélangé.
Résultat : au décès, vos héritiers ont du mal à démontrer quelle part du patrimoine provient de l’indemnisation corporelle. Et sans preuve, la déduction peut devenir théorique.
Exemple très fréquent
Vous recevez 250 000 € d’indemnité.
Vous versez tout sur le compte courant.
En 18 mois : 40 000 € de dépenses, 60 000 € d’apport immobilier, 30 000 € de placements, plusieurs virements internes.
Au décès, on ne sait plus « où est passée » l’indemnité. Le dossier devient une enquête.
Comment organiser les comptes pour ne pas « détruire » la traçabilité ?
L’objectif n’est pas de complexifier. L’objectif est de rendre la preuve triviale.
Voici une méthode simple, souvent suffisante :
- Ouvrir un compte dédié à l’indemnité (compte courant ou compte-titres séparé).
- Faire arriver l’indemnité sur ce compte, et idéalement nulle part ailleurs.
- Éviter les virements « en vrac ». Si vous transférez, documenter.
- Si vous investissez, investir depuis ce compte et garder les relevés.
- Garder un dossier papier ou PDF avec les pièces clés.
Bon à savoir
Pouvez-vous investir l’indemnité sans perdre l’esprit du 775 bis ?
Oui, investir n’est pas interdit. Mais vous devez rester capable de reconstituer le chemin des fonds.
Deux règles pratiques aident beaucoup :
- Un flux clair. Un placement clair.
- Le moins de croisements possible avec le reste du patrimoine.
Exemple de placement propre
Indemnité : 400 000 € reçus sur un compte dédié.
100 000 € restent en liquidités de sécurité.
300 000 € sont investis via un compte-titres dédié.
Chaque virement est libellé « Placement indemnité corporelle du JJ/MM/AAAA ».
Au décès, on retrouve facilement l’origine.
Pour les investisseurs souhaitant diversifier, un simulateur PEA peut aider à évaluer les perspectives d’un placement en actions, à condition de bien séparer les flux.
Attention
Pourquoi l’assurance-vie peut-elle devenir un piège dans ce contexte ?
Beaucoup de gens ont le réflexe « assurance-vie = transmission ». Sauf que l’assurance-vie obéit à une logique fiscale à part, notamment l’article 990 I pour certaines primes versées avant 70 ans.
Repères chiffrés utiles (par bénéficiaire) :
- abattement : 152 500 €
- puis prélèvement : 20 % jusqu’à 700 000 €
- puis 31,25 % au-delà
Le risque, dans un dossier d’indemnité corporelle, est le suivant : vous sortez l’argent de l’actif successoral « classique » (où le 775 bis peut jouer) pour le mettre dans une enveloppe qui a ses propres règles.
Exemple de choc fiscal possible
Vous placez 500 000 € d’indemnité sur une assurance-vie au profit d’un bénéficiaire unique.
Base taxable assurance-vie : 500 000 € – 152 500 € = 347 500 €.
Prélèvement à 20 % sur 347 500 € = 69 500 €.
Vous avez potentiellement créé un prélèvement spécifique, alors que l’indemnité aurait pu réduire la base de succession si elle était restée « dans le bon périmètre ».
Avantage fiscal
Quels placements choisir pour concilier sécurité, liquidité et cohérence fiscale ?
Une indemnité corporelle a souvent un rôle précis : financer des besoins futurs, parfois sur des décennies. Le placement doit partir des besoins, pas du produit.
Un cadre simple pour débuter :
- Court terme (0–2 ans) : liquidités et dépenses prévisibles. Un livret d’épargne populaire ou un plan épargne logement peuvent constituer des options à examiner selon votre situation.
- Moyen terme (3–8 ans) : placements prudents, horizon défini.
- Long terme (8 ans et +) : diversification, en acceptant des fluctuations.
Pourquoi parler d’inflation ? Parce que garder 100 % en cash peut éroder le pouvoir d’achat. Pour repère, l’inflation moyenne annuelle en France a été de 5,2 % en 2022, 4,9 % en 2023, puis 2,0 % en 2024.
Exemple pédagogique
Si vous gardez 200 000 € sans rendement, une inflation de 5,2 % correspond à environ 10 400 € de pouvoir d’achat « perdu » sur un an (en ordre de grandeur).
Ce n’est pas une promesse de placement. C’est un rappel : ne pas investir est aussi une décision, avec un coût possible.
Attention
Comment mesurer l’impact successoral avec des chiffres concrets ?
Pour comprendre pourquoi la déduction du 775 bis compte, il faut connaître quelques repères de succession.
- Abattement parent/enfant : 100 000 € par parent et par enfant.
- Abattement handicap (selon conditions) : 159 325 € en plus.
- Frais funéraires : déduction forfaitaire de 1 500 € (dans les conditions prévues).
- Barème en ligne directe : de 5 % à 45 % selon les tranches.
Pour estimer précisément l’impact d’une donation anticipée dans votre stratégie patrimoniale, vous pouvez utiliser notre simulateur de donation gratuit. Si vous préparez également votre retraite, le simulateur de pension retraite vous aidera à évaluer vos revenus futurs et à calibrer vos besoins de liquidité.
Quels documents devez-vous conserver pour sécuriser le dossier ?
La preuve documentaire est la clé de voûte de l’application du 775 bis. Sans documents, pas de déduction. Voici les pièces essentielles à conserver :
- Le jugement ou le protocole transactionnel précisant la nature corporelle de l’indemnité.
- Les relevés bancaires du compte dédié, depuis l’ouverture.
- Les bordereaux de versement ou virements reçus de l’assureur ou du fonds d’indemnisation.
- Les relevés de compte-titres ou contrats de placement alimentés par l’indemnité.
- Toute correspondance avec le notaire ou l’avocat attestant de l’origine des fonds.
Les dirigeants d’entreprise confrontés à un accident ou une maladie professionnelle ont tout intérêt à coupler cette démarche avec une stratégie de prévoyance adaptée et une protection juridique du dirigeant pour sécuriser l’ensemble de leur patrimoine professionnel et personnel.





