Le crédit lombard est un prêt garanti par vos actifs financiers.
Vous mettez en nantissement des titres (actions, obligations, ETF, parts de fonds, liquidités, parfois contrats de capitalisation ou d’assurance-vie). La banque vous accorde une ligne de trésorerie proportionnelle à la valeur des actifs. Vous gardez la propriété du portefeuille. Vous pouvez utiliser l’argent pour (presque) tout usage légal. C’est un outil de gestion de trésorerie et de levier, accessible dès que l’on dispose d’un portefeuille suffisant.
Bon à savoir
Exemple
Vous détenez 500 000 € d’ETF et d’obligations. La banque accepte de vous prêter 300 000 € (soit 60 % de la valeur) à un taux variable indexé sur l’€STR ou l’Euribor + marge. Vous financez une dépense, consolidez un autre crédit plus cher, ou réinvestissez (avec prudence) sans vendre vos titres.
À qui ce type de crédit s’adresse-t-il ?
Il s’adresse aux épargnants avec un patrimoine financier déjà constitué. Les banques exigent un minimum d’encours à nantir. Selon les acteurs, l’ordre de grandeur va de 10 000 € à plus de 500 000 € (banques privées ou assurance-vie luxembourgeoise). Les profils typiques sont les dirigeants, professions libérales, cadres supérieurs et investisseurs particuliers déjà exposés aux marchés.
Attention
Comment la banque calcule-t-elle le montant que vous pouvez emprunter ?
Elle applique une « décote » (ou « lending value ») sur chaque classe d’actifs. Plus l’actif est liquide et peu volatil, plus la décote est faible et plus le montant prêté est élevé. La somme pondérée des actifs nantis détermine une limite de crédit.
Quels ratios de nantissement observe-t-on en pratique ?
Les décotes varient selon la banque, la diversification, la qualité des titres et la devise. Les ordres de grandeur suivants sont courants en Europe :
| Type d’actif | Fourchette de prêt/valeur (LTV) usuelle | Remarques |
|---|---|---|
| Liquidités en EUR | 90 % à 100 % | Ligne quasi équivalente au cash |
| Obligations d’État zone euro IG | 70 % à 90 % | Plus la duration est courte, plus la LTV peut être élevée |
| Obligations corporate IG | 60 % à 80 % | Dépend du rating et de la duration |
| Obligations HY / convertibles | 30 % à 50 % | Fortement dépendant du risque |
| ETF larges et liquides | 50 % à 70 % | Les ETF actions mondiaux obtiennent souvent de meilleures LTV que les titres vifs |
| Actions « blue chips » très liquides | 50 % à 60 % | Volatilité plus élevée = LTV plus basse |
| Actions petites capitalisations | 0 % à 40 % | Souvent non éligibles si illiquides |
| Produits structurés, non cotés | 0 % à 30 % | Souvent exclus ou très décotés |
Exemple
Portefeuille de 1 000 000 € composé de 400 000 € d’ETF actions monde (LTV 60 %), 300 000 € d’OAT 5 ans (LTV 80 %), 300 000 € d’obligations corporate IG 3 ans (LTV 70 %). Limite théorique : 240 000 € + 240 000 € + 210 000 € = 690 000 €.
Quel est le coût d’un crédit lombard en 2025 ?
La plupart des offres sont à taux variable : indexation sur l’€STR ou l’Euribor (1 à 12 mois) + une marge bancaire. En septembre 2025, l’€STR publié en zone euro tourne autour de 1,9 % et l’Euribor 3 mois autour de 2,07 % (valeurs de référence de début de mois). Les marges observées pour des particuliers vont souvent d’environ 0,8 % à 2,0 % selon l’encours, la qualité du collatéral et la relation commerciale. Certaines banques facturent en plus une commission annuelle de ligne (par exemple 0,25 % de l’encours utilisé ou disponible).
Bon à savoir
Exemple
Ligne de 500 000 € indexée €STR + 1,20 %. Si l’€STR est 1,92 %, le taux débiteur glissant est 3,12 %. Intérêts annuels si vous tirez 300 000 € : environ 9 360 € (300 000 × 3,12 %). Si la banque applique aussi 0,25 % de commission de ligne sur l’encours moyen, ajoutez 750 €.
Comment fonctionnent l’appel de marge et les seuils de sécurité ?
La banque calcule en continu la « couverture » : valeur des titres nantis × LTV – montant emprunté. Si les marchés baissent, la couverture diminue. Sous un certain seuil, la banque déclenche un appel de marge. Vous avez alors un délai court (souvent 24 à 72 heures) pour remettre des espèces ou des titres éligibles, ou pour rembourser une partie du prêt. À défaut, la banque peut vendre vos titres pour se rembourser, parfois automatiquement.
Attention
Exemple
Portefeuille initial : 1 000 000 €, LTV globale 70 %. Ligne utilisée : 600 000 €. Si le portefeuille chute de 20 % à 800 000 €, la LTV disponible passe à 560 000 € ; vous êtes en dépassement de 40 000 € et recevez un appel de marge.
Peut-on utiliser un crédit lombard pour investir davantage ?
Oui, mais il faut manier le levier avec parcimonie. L’objectif raisonnable est souvent une optimisation de trésorerie (payer un impôt, financer une activité, lisser un investissement en obligations IG) plutôt qu’une sur-exposition aux actions.
Exemple d’usage prudent
Vous empruntez à 3,2 % variable pour acheter un panier d’obligations IG 3-4 ans à rendement actuariel 3,8 % – 4,2 %. Écart brut visé : 0,6 % à 1,0 %/an. Vous acceptez le risque de spread et la volatilité de prix, vous définissez une échéance d’auto-liquidation et une limite de drawdown.
Attention
Quelles sont les durées, les montants et les frais les plus fréquents ?
- Montants : de 10 000 € à plusieurs millions d’euros selon l’établissement.
- Durée : lignes « révocables » sans échéance fixe, ou avances à terme 12-24 mois, renouvelables.
- Frais : intérêts variables, parfois commission de mise en place (forfait), parfois commission annuelle de ligne (0,10 % à 0,50 %).
- Devise : souvent EUR, mais aussi CHF, USD, GBP. Attention au risque de change si vos titres sont en euros et votre dette en devise étrangère.
Bon à savoir
Quelles sont les alternatives si votre banque refuse ou si vous hésitez ?
- Avance sur contrat d’assurance-vie : l’assureur peut prêter 60 % à 80 % de la valeur de rachat, à un taux fixé par le contrat. Souvent plus rigide, mais simple.
- Crédit classique amortissable : utile si le besoin est durable et si le flux de revenus est stable.
- Cession de titres avec rachat ultérieur programmé : fiscalement moins souple si vous avez de fortes plus-values.
- Ne rien faire : le plus sous-estimé. Attendre d’avoir un excédent de trésorerie peut éviter des coûts d’intérêts et un risque de levier.
Quelles précautions contractuelles et opérationnelles devez-vous exiger ?
- Transparence sur la liste des actifs éligibles et leurs décotes, mise à jour automatique et communication des changements.
- Méthode de valorisation (cours de clôture, appels intraday), seuils d’appel de marge et délais de couverture écrits.
- Droit (ou non) de vente automatique, et ordre de liquidation (espèces, fonds, actions).
- Commission(s) de ligne, frais de dossier, frais de dossier de nantissement, frais de change.
- Clauses de résiliation, d’augmentation de marge, d’événements de défaut (cross-default, domiciliation des revenus de portefeuille).
- Canaux d’alerte : SMS/e-mail en cas de dépassement, rapport journalier.
Attention
Quels sont les risques principaux à connaître dès le départ ?
- Risque de marché : baisse rapide des actifs nantis → appel de marge → ventes forcées.
- Risque de taux : hausse de l’€STR/Euribor → intérêts plus élevés.
- Risque de liquidité : actifs peu traités → décotes plus fortes et exécution défavorable.
- Risque de change : dette en USD/CHF et collatéral en EUR → effet de change négatif possible.
- Risque opérationnel : erreurs d’exécution, délais courts (24-72 h) pour répondre aux appels.
- Risque juridique : clauses donnant à la banque un droit très large de liquidation. Lisez et négociez.
Quel est l’impact fiscal en France ?
- Intérêts d’emprunt : non déductibles des revenus mobiliers pour un particulier (sauf cas spécifiques d’activité professionnelle). Ils s’ajoutent au coût net de la stratégie.
- Portefeuille nantit : vous restez imposé sur dividendes/intérêts/coupons (PFU 30 % par défaut) et sur plus-values en cas de vente.
- Assurance-vie/contrat de capitalisation nantissable : fiscalité propre à chaque enveloppe en cas de rachat, succession, etc.
- IFI : un crédit lombard n’est pas en soi une dette déductible de l’IFI, sauf si la dette finance un actif imposable à l’IFI dans des conditions strictes.
- Résidents/expatriés : attention aux conventions fiscales, à la retenue à la source étrangère sur dividendes et à la déclaration des comptes à l’étranger (formulaire 3916).
Avantage fiscal
Comment piloter le risque au quotidien de manière simple ?
- Fixez une cible d’utilisation (ex. 50 % de la LTV disponible) et une limite « stop » (ex. 70 %).
- Paramétrez des alertes de valorisation et d’écarts de taux.
- Diversifiez : évitez une concentration excessive sur une seule action ou un seul secteur.
- Faites correspondre la durée du prêt et celle de l’investissement financé.
- Conservez 10 % à 20 % du portefeuille en actifs très liquides (monétaire court terme) pour répondre aux appels.
- Réduisez la ligne si la volatilité implicite des marchés grimpe fortement.
- Documentez votre stratégie : objectif, horizon, scénario de stress, plan de sortie.
Exemple « stress test » rapide
Portefeuille 1 000 000 € (60 % actions monde, 40 % obligations IG). Volatilité annuelle 12 % estimée. En cas de choc -25 % sur les actions et -5 % sur les obligations, portefeuille ≈ 850 000 €. Avec une LTV cible 60 %, capacité de prêt ≈ 510 000 €. Si votre tirage est 550 000 € → préparez une source de cash de 40 000 €.
Pouvez-vous financer de l’immobilier avec un lombard ?
Oui : certaines banques acceptent d’adosser un lombard à un projet immobilier (apport complémentaire, relais, frais de notaire). Le coût peut être compétitif à court terme, mais vous ajoutez un risque de marché actions/obligations au risque immobilier. Ce montage mérite une analyse dédiée.
