Les indemnités de prévoyance

En bref :

  • Votre priorité est la trésorerie : sécuriser 3 à 6 mois de dépenses avant de penser “placement”.
  • Le point clé est le “net disponible” : indemnités = règles de calcul + prélèvements + impôt, parfois très différents selon la source.

Quand un arrêt de travail tombe, l’argent arrive souvent en plusieurs flux : Assurance Maladie, employeur, assureur de prévoyance. Le piège, c’est de raisonner “montant brut” au lieu de raisonner “budget mensuel net”, et de prendre des décisions patrimoniales trop tôt (ou trop risquées).

De quelles “indemnités de prévoyance” parle-t-on exactement ?

En pratique, on met derrière ce terme plusieurs prestations :

  • Les indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS) : elles compensent une partie du salaire pendant un arrêt maladie, après un délai de carence de 3 jours.
  • Le complément employeur : maintien de salaire légal et/ou prévu par convention collective, parfois via “subrogation” (l’employeur perçoit les IJSS et vous verse un salaire).
  • Le complément “prévoyance” (assureur) : il complète souvent le revenu si le régime d’entreprise le prévoit (incapacité, invalidité, décès).
  • En cas d’invalidité : pension d’invalidité (Sécurité sociale) et parfois rente d’invalidité (prévoyance). Ameli
  • En cas de décès : capital décès (Sécurité sociale) et prestations de prévoyance (capital, rente conjoint, rente éducation, selon contrat).

Bon à savoir

Dans votre gestion patrimoniale, ne mélangez pas “arrêt maladie” et “invalidité”. Les règles, les plafonds et la fiscalité peuvent changer du tout au tout.

Comment se calcule votre revenu pendant un arrêt maladie ?

Quelles sont les règles de base des IJSS ?

Pour un salarié, l’IJSS maladie est égale à 50 % du salaire journalier de base, calculé à partir de la moyenne des salaires bruts des 3 derniers mois (12 mois si activité saisonnière).

Le point très concret : le salaire pris en compte est plafonné.

  • En 2026, le plafond de salaire mensuel retenu est de 2 522,52 € bruts pour un arrêt débutant en janvier 2026, puis 2 552,24 € bruts pour un arrêt débutant à compter de février 2026.
  • Donc, même si vous gagnez plus, l’IJSS a un plafond : 41,47 € bruts/jour (janvier 2026) et 41,95 € bruts/jour (à compter de février 2026).

Exemple simple
Si votre salaire journalier de base ressort à 75 € / jour, l’IJSS brute = 50 % × 75 = 37,50 € / jour.

Quelles conditions faut-il remplir pour être indemnisé ?

Pour un arrêt de moins de 6 mois, il faut notamment :

  • avoir travaillé au moins 150 heures sur les 3 mois précédents, ou
  • avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 1 015 × le Smic horaire sur les 6 mois précédents. Ameli

Au 1er janvier 2026, le Smic horaire brut est de 12,02 € et le Smic mensuel brut est de 1 823,03 €.
Cela donne un seuil chiffré communiqué par l’Assurance Maladie : 1 015 × 12,02 € = 12 200,30 € sur 6 mois. Ameli

Quelles limites de durée faut-il intégrer dans votre scénario ?

Vous pouvez percevoir jusqu’à 360 jours d’IJ sur une période maximale de 3 ans (hors cas spécifiques comme ALD).

Quels fiscalité s’applique aux indemnités de prévoyance ?

Quelles cotisations sociales s’appliquent aux IJSS ?

Les IJSS sont soumises à :

  • CSG à 6,2 % (dont 3,8 % déductibles du revenu imposable),
  • CRDS à 0,5 %,
    calculées sur 100 % des indemnités brutes.

Exemple simple
IJSS brute : 40 € / jour
Prélèvements CSG+CRDS : 6,7 % × 40 = 2,68 € / jour
IJSS après CSG/CRDS (hors impôt) : 37,32 € / jour.

Les indemnités sont-elles imposables ?

Souvent oui, mais pas toujours. Et c’est là que beaucoup se trompent.

Le traitement fiscal dépend de l’origine de l’indemnité et de la situation médicale. Par exemple :

  • Les IJ pour maladie “classique” sont imposables.
  • Les IJ liées à une affection de longue durée (ALD) sont exonérées d’impôt sur le revenu.
  • Les IJ accident du travail / maladie professionnelle : 50 % sont exonérées.
  • Les indemnités issues d’un contrat de prévoyance :
    • contrat facultatif : exonérées,
    • régime obligatoire d’entreprise : imposables. Service Public

Voici une lecture synthétique (à confirmer avec votre attestations fiscale annuelle) :

Type d’indemnitéImpôt sur le revenu ?Point d’attention
IJSS maladieOuiMontant net = après CSG/CRDS + PAS
IJSS ALDNonLa qualification ALD change tout
IJSS AT/MPPartiellement50 % exonérés
Prévoyance facultativeNonSelon conditions du contrat
Prévoyance obligatoire (entreprise)OuiSouvent assimilée à revenu imposable

Bon à savoir

En pratique, le prélèvement à la source peut s’appliquer. Ne pilotez pas votre budget sur une estimation “à la louche” : partez des relevés et du net réellement perçu.

Comment estimer votre “net disponible” sans vous tromper ?

La bonne approche est mécanique :

  1. Estimer l’IJSS brute (avec plafond).
  2. Retirer CSG/CRDS.
  3. Estimer l’impôt (si imposable, via votre taux de prélèvement à la source).
  4. Ajouter ou non un complément (employeur / prévoyance), en intégrant sa fiscalité.

Exemple complet (simplifié, pour comprendre l’ordre de grandeur)
Hypothèse : arrêt début février 2026, salaire “retenu” plafonné, IJSS brute au plafond = 41,95 € / jour. Ameli
CSG/CRDS : 6,7 % → 2,81 € / jour.
IJSS après CSG/CRDS : environ 39,14 € / jour.
Sur 30 jours “théoriques” : ~ 1 174 € (hors impôt).
Ensuite, votre impôt dépend de votre taux personnel (ex : 0 %, 5 %, 10 %…).

Limites de l’exemple :

  • Les IJ ne sont pas versées sur les 3 premiers jours (carence), sauf dispositions particulières. Ameli
  • Le paiement se fait souvent par périodes (en moyenne tous les 14 jours). Ameli
  • Votre employeur peut pratiquer la subrogation, ce qui change la lecture “qui vous paye quoi”. Ameli

Quelles priorités patrimoniales adopter quand les indemnités remplacent le salaire ?

Quand vos revenus deviennent incertains, votre patrimoine doit devenir plus liquide et plus simple.

Faut-il d’abord sécuriser la trésorerie ?

Oui, toujours.

Objectif raisonnable (à adapter) :

  • 1 à 2 mois de dépenses : survie immédiate,
  • 3 à 6 mois : sécurité standard,
  • 6 à 12 mois : si revenus très volatils, indépendants, ou risque médical élevé.

Le “bon” niveau dépend :

  • de la stabilité de votre emploi,
  • de votre reste à vivre,
  • de vos charges fixes (loyer/crédit),
  • du niveau de couverture (convention collective, prévoyance).

Faut-il investir pendant un arrêt ?

Parfois oui, mais seulement si :

  • votre épargne de précaution est déjà solide,
  • vous avez de la visibilité (diagnostic, durée probable, niveau de maintien),
  • vous investissez avec un horizon cohérent.

Comment gérer les situations lourdes comme l’invalidité ou le décès ?

Que change une pension d’invalidité pour votre budget ?

La pension d’invalidité dépend de la catégorie et du salaire annuel moyen (10 meilleures années). Au 1er janvier 2026, pour un salarié, les bornes mensuelles sont :

  • 1re catégorie : 30 %, min 338,31 €, max 1 201,50 €
  • 2e catégorie : 50 %, min 338,31 €, max 2 002,50 €
  • 3e catégorie : 50 % + majoration pour tierce personne (1 288,13 €), max 2 002,50 € + 1 288,13 €

Côté prélèvements, la pension peut subir CSG (taux normal 8,3 % ou taux réduit selon ressources), CRDS 0,5 % et Casa 0,3 %, avec possibilités d’exonération selon situation.

Que faut-il savoir sur le capital décès “de base” ?

Le capital décès du régime général est un forfait revalorisé. Au 1er avril 2025, il est de 3 977 €.

Ce montant est utile, mais il couvre rarement “toute la suite” (loyer/crédit, études des enfants, baisse de niveau de vie). La vraie différence vient souvent de la prévoyance d’entreprise et/ou d’un contrat individuel.