Après une cession, la trésorerie peut être très supérieure aux besoins courants. Cela crée une tentation : investir vite, fort, et “refaire une histoire”. Mauvais réflexe. Une trésorerie de société sert d’abord à sécuriser votre projet patrimonial et vos futurs choix entrepreneuriaux.
Bon à savoir
Par quoi commencer avant d’investir la trésorerie ?
Commencez par trois questions simples.
- De combien avez-vous besoin à court terme ?
- Quel niveau de baisse temporaire pouvez-vous encaisser ?
- Que voulez-vous faire de cet argent dans 2, 5, 10 ans ?
Fixez ensuite un “matelas” de sécurité. Beaucoup de dirigeants choisissent 6 à 24 mois de charges (salaires, loyers, impôts, intérêts, investissements) en supports très liquides.
Exemple (bloc citation)
Une holding a 1 200 000 € de trésorerie. Ses charges fixes sont de 25 000 € par mois.
12 mois de sécurité = 300 000 € placés sur supports à faible risque et disponibles.
Attention
Quelle différence entre investir dans la société ou sortir l’argent ?
C’est un point central. Investir dans la société et investir à titre personnel n’a pas les mêmes règles.
- Dans la société, les gains s’intègrent au résultat. Ils sont soumis à l’impôt sur les sociétés (IS). Le taux normal de l’IS est de 25% ces dernières années. Certaines PME bénéficient d’un taux réduit de 15% jusqu’à une tranche de bénéfice (souvent 42 500 €), sous conditions.
- À titre personnel, si vous vous versez des dividendes, ils sont fréquemment taxés au PFU de 30% (12,8% + 17,2% de prélèvements sociaux), sauf option au barème.
Avantage fiscal
En pratique, on bâtit souvent une stratégie en deux étages : une partie reste investie en société, une autre est “extraite” progressivement pour alimenter le patrimoine privé via des enveloppes (assurance-vie, PEA, PER). Ces enveloppes ont des plafonds et des règles. Par exemple, le PEA est plafonné à 150 000 € de versements (hors gains). L’assurance-vie bénéficie d’un abattement annuel sur les gains retirés après 8 ans : 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple).
Quels placements sont adaptés à une trésorerie d’entreprise ?
Voici les familles les plus utilisées, avec leurs avantages et limites.
Les comptes à terme et dépôts à vue sont-ils adaptés ?
Oui pour la partie “matelas”. Non pour la totalité d’une grosse trésorerie.
- Avantages : simplicité, lisibilité, liquidité (variable), risque de marché nul.
- Limites : risque bancaire au-delà de 100 000 € par banque, rendement dépendant des taux, inflation potentiellement supérieure.
Les fonds monétaires sont-ils une alternative crédible ?
Souvent oui. Un fonds monétaire vise à suivre les taux courts, avec une volatilité généralement faible, mais pas nulle.
- Avantages : liquidité fréquente, diversification d’émetteurs, pilotage institutionnel.
- Limites : frais (souvent 0,10% à 0,40% par an), rendement variable, risque de taux et de crédit faible mais réel.
Attention
Les obligations peuvent-elles stabiliser et rémunérer ?
Oui, mais il faut comprendre deux risques : la durée et la qualité de crédit.
- Durée : plus l’obligation est longue, plus son prix bouge quand les taux montent.
Règle simple : une obligation avec une duration de 5 peut perdre environ 5% si les taux montent de 1 point (ordre de grandeur). - Crédit : une obligation d’entreprise peut subir un défaut, ou une baisse si la perception du risque augmente.
Les fonds obligataires diversifiés existent, mais ils peuvent baisser. En 2022, beaucoup de portefeuilles obligataires ont connu des reculs marqués, rappelant que “obligations” ne signifie pas “garanti”.
Les actions et ETF ont-ils leur place avec une trésorerie de société ?
Oui, mais uniquement pour une poche long terme, clairement définie. Les actions sont volatiles.
- Avantages : potentiel de croissance sur 10 ans et plus, diversification mondiale possible via ETF.
- Limites : fortes baisses possibles. Un indice actions mondial a déjà connu des chutes de l’ordre de 30% à 50% lors de crises majeures.
Côté frais, un ETF “cœur” est souvent entre 0,07% et 0,25% par an. Un fonds actions actif est fréquemment entre 1% et 2% par an, parfois plus, hors frais d’entrée.
L’immobilier (SCPI, SCI, immobilier direct) est-il pertinent ?
Possible, mais attention aux frais et à la liquidité.
- SCPI : frais d’entrée souvent autour de 8% à 12% et frais de gestion annuels. Liquidité non garantie.
- Immobilier direct : concentration sur un bien, gestion, travaux, vacance locative.
Bon à savoir
Comment comparer rapidement les options de placement ?
| Support | Horizon typique | Risque de perte | Liquidité | Frais typiques |
|---|---|---|---|---|
| Dépôts / comptes à terme | 0–24 mois | Faible (hors risque banque) | Élevée à moyenne | Faibles |
| Fonds monétaires | 0–24 mois | Faible | Élevée | 0,10%–0,40%/an |
| Obligations court/moyen terme | 1–5 ans | Faible à moyen | Moyenne | 0,20%–1%/an |
| Actions / ETF monde | 7–15 ans | Élevé | Élevée | 0,07%–0,25%/an (ETF) |
| SCPI / immobilier | 8–15 ans | Moyen | Faible à moyenne | 8%–12% entrée + gestion |
Comment construire une allocation simple avec des chiffres ?
Une méthode pratique consiste à découper la trésorerie en trois poches.
- Poche 1 : liquidité (6 à 24 mois de charges)
- Poche 2 : stabilité (1 à 5 ans)
- Poche 3 : croissance (7 ans et plus)
Exemple (bloc citation)
Trésorerie : 2 000 000 €
Charges annuelles : 240 000 €
Poche 1 (12 mois) : 240 000 €
Poche 2 (stabilité) : 960 000 € (monétaire + obligations courtes)
Poche 3 (croissance) : 800 000 € (ETF actions monde), avec acceptation de volatilité
Hypothèse importante : vous n’avez pas besoin de cette poche croissance pour financer un projet à court terme. Sinon, elle doit être réduite.
Attention
