La prévoyance des indépendants et des chefs d’entreprise vise à sécuriser votre revenu et votre famille en cas d’arrêt de travail, d’invalidité ou de décès. Elle complète les prestations des régimes obligatoires, qui restent limitées et plafonnées pour la plupart des professions non salariées. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie patrimoniale globale que tout entrepreneur devrait anticiper.
Bon à savoir
À qui parle-t-on exactement : travailleur non salarié (TNS) ou assimilé salarié ?
- TNS : gérant majoritaire de SARL ou d’EURL, entrepreneur individuel, professions libérales (SSI, CARMF, CARCDSF, CARPIMKO, etc.). Vous relevez de régimes spécifiques et n’avez pas de maintien de salaire légal.
- Assimilé salarié : président de SAS/SASU, gérant minoritaire de SARL. Vous cotisez au régime général pour la maladie-maternité et la retraite complémentaire, mais vous n’êtes pas automatiquement couvert par une prévoyance collective s’il n’existe pas de contrat d’entreprise.
Bon à savoir
Pourquoi les régimes obligatoires ne suffisent-ils pas quand vous êtes TNS ?
- Les indemnités journalières sont plafonnées et de courte durée.
- Les rentes d’invalidité démarrent souvent à partir d’un taux d’au moins 33 %, avec des montants faibles par rapport à un revenu professionnel.
- Aucun maintien de salaire légal n’existe.
Ordres de grandeur pour un revenu annuel de 80 000 € (219,18 €/jour)
| Régime TNS | Arrêt de travail (tendance) | Invalidité (rente/pension) | Lecture rapide |
|---|---|---|---|
| SSI (artisans/commerçants) | environ 25 % du revenu sur la période couverte | 33,81 €/jour ≈ 12 340 €/an | très insuffisant pour maintenir le niveau de vie |
| CARMF (médecins) | proche de 50 % jusqu’à 90 jours puis baisse marquée | 53,23 €/jour ≈ 20 160 €/an | ne couvre pas un revenu élevé |
| CARCDSF (dentistes, sages-femmes) | proche de 50 % du 4ᵉ au 90ᵉ jour | 76,83 €/jour ≈ 28 044 €/an | reste plafonné |
| CARPIMKO (paramédicaux) | proche de 50 % jusqu’à 90 jours puis 25 % jusqu’à 3 ans | 27,62 €/jour ≈ 10 080 €/an | très faible |
Ce constat rejoint directement la question de la retraite progressive : en fin de carrière, un TNS qui réduit son activité voit ses protections obligatoires diminuer proportionnellement. Anticiper la prévoyance, c’est aussi préparer cette transition. Vous pouvez d’ailleurs simuler votre pension de retraite pour mesurer l’écart à combler.
Attention
En quoi la prévoyance privée change-t-elle la donne pour un TNS ou un assimilé salarié ?
- Pour un TNS : elle substitue un maintien de revenu qui n’existe pas dans les régimes obligatoires et garantit un capital décès significatif.
- Pour un assimilé salarié : elle comble les plafonds du régime général et, si un régime collectif n’existe pas, elle crée votre « filet de sécurité » personnel.
Ce qu’un bon contrat peut prévoir :
- arrêt de travail : complément d’indemnités pour viser un net cible en courte durée, puis un pourcentage soutenable en longue durée ;
- invalidité : rente calée sur un pourcentage du revenu de référence, indexée, avec de bonnes définitions professionnelles ;
- décès : capital (multiple du revenu) + rentes éducation et, éventuellement, rente de conjoint. En cas de tutelle ou curatelle d’un proche, le capital décès et les rentes prennent une importance encore plus critique.
Quelles sont les différences clés entre contrat indemnitaire et contrat forfaitaire ?
- Indemnitaire : versement conditionné par la perte de revenu constatée. C’est cohérent quand votre revenu varie ou quand vous souhaitez éviter tout risque de sur-indemnisation.
- Forfaitaire : montant prédéterminé, non lié à la perte exacte. Plus lisible, surtout si vous anticipez une baisse ponctuelle d’activité.
Bon à savoir
Comment se calcule la rente d’invalidité : T/100 ou T/66 ?
- T/100 : rente versée = taux d’invalidité / 100 × rente souscrite.
- T/66 : rente versée = taux / 66 × rente souscrite.
Exemple simple : rente souscrite 50 000 €/an, invalidité 50 %
- T/100 → 25 000 €/an
- T/66 → environ 37 900 €/an
Attention
Quels délais d’attente et franchises devez-vous négocier ?
- Délai d’attente (après souscription, avant tout droit) : souvent 3 à 6 mois pour la maladie ; en général 0 jour pour les accidents survenus après adhésion ; certaines pathologies longues peuvent être majorées (jusqu’à 12 mois).
- Franchise (après sinistre, avant versement) : maladie J7, J15, J30, J90… ; hospitalisation souvent plus courte ; accident parfois J0/J3.
Bon à savoir
Quelles exclusions fréquentes devez-vous regarder en premier ?
- affections psychiques, rachialgies, sports aériens/mécaniques, pathologies antérieures non déclarées ;
- séquelles non objectivées ;
- professions à risques spécifiques.
Demandez les extensions possibles et les conditions de reprise après aggravation.
Comment adapter la stratégie selon que vous êtes TNS ou assimilé salarié ?
- TNS
- Objectif : construire un « pseudo maintien de salaire » et une rente d’invalidité réaliste.
- Privilégier : barème professionnel, formule T/66, rentes indexées, capital décès multiple du revenu, franchise courte ou rachetée, indemnités journalières suffisantes sur les 3 à 6 premiers mois.
- Fiscalité : les cotisations de prévoyance TNS sont en principe déductibles dans des limites spécifiques (régime de type Madelin), sous réserve d’éligibilité du contrat.
- Assimilé salarié
- Si vous avez un régime collectif d’entreprise : vérifiez vos plafonds et complétez en individuel si besoin (invalidité partielle, décès).
- Si vous êtes seul dans la société : mettez un contrat individuel ; à défaut de collectif, la portabilité ne vous concerne pas.
- Social/fiscal : la prise en charge par la société obéit à des règles spécifiques ; sans régime collectif conforme, la part « entreprise » peut être traitée en avantage et perdre les exonérations.
Un conseiller en gestion de patrimoine travaillant en lien avec votre expert-comptable pourra affiner cette stratégie en fonction de votre structure juridique et de votre rémunération.
Avantage fiscal
Quelles garanties « type » pour une première mise en place ?
- arrêt de travail : viser 100 % du net sur les 30 à 90 premiers jours, puis 70–80 % sur la longue durée ;
- invalidité : rente permettant 70–80 % du revenu de référence en catégorie lourde, avec T/66 pour les taux partiels ;
- décès : capital 200–300 % du revenu + rentes éducation 5–10 % par enfant + éventuelle rente conjoint.
La question du décès renvoie aussi à celle de la transmission du patrimoine : anticipez la donation pour optimiser la protection de vos proches au-delà du seul capital décès.
Bon à savoir
Pouvez-vous voir l’impact chiffré sur des cas concrets ?
- TNS revenu 80 000 €/an, arrêt 30 jours
- régime obligatoire : indemnités limitées et plafonnées ;
- prévoyance avec franchise J7 : complément pour viser un net cible le premier mois.
- TNS revenu 80 000 €/an, invalidité 50 %
- régime obligatoire : rente annuelle typique entre 10 000 et 28 000 € selon caisse ;
- prévoyance privée : 25 000 €/an (T/100) ou environ 37 900 €/an (T/66) pour une rente souscrite de 50 000 €/an.
Quelles priorités de pilotage quand vous êtes chef d’entreprise ?
La prévoyance n’est qu’une brique de votre protection globale. En tant que dirigeant, vous devez piloter en parallèle :
- la valorisation de votre entreprise, car c’est souvent votre principal actif patrimonial ;
- le rachat éventuel de trimestres de retraite pour sécuriser votre pension future ;
- l’épargne financière long terme, par exemple via un PEA correctement dimensionné ;
- la conformité réglementaire, notamment les obligations en matière de lutte contre le blanchiment (LCB-FT) si votre activité y est soumise.
Quelles différences de portabilité entre TNS et assimilé salarié ?
Le TNS conserve son contrat tant qu’il en paye les cotisations ; il n’y a pas de « portabilité » au sens employeur. L’assimilé salarié, s’il bénéficie d’un régime collectif, peut profiter de la portabilité à la sortie, mais uniquement dans les conditions prévues par la loi (durée limitée, conditions d’éligibilité).
Que retenir en une page si vous êtes indépendant ou dirigeant ?
- Les régimes obligatoires laissent des trous de couverture majeurs, surtout pour les TNS.
- Un contrat de prévoyance bien calibré (forfaitaire, T/66, barème professionnel) remplace le maintien de salaire inexistant.
- L’assimilé salarié doit vérifier s’il existe un régime collectif ; sinon, il est dans une situation proche du TNS.
- La fiscalité diffère selon le statut : Madelin pour le TNS, régime collectif conforme pour l’assimilé salarié.
- Révisez votre contrat chaque année en fonction de l’évolution de votre revenu et de votre situation familiale.
FAQ : quelles questions poser à votre assureur ou à votre expert-comptable ?
Votre statut est-il correctement cadré (TNS ou assimilé salarié) et vos droits associés sont-ils clairs ?
Un mauvais rattachement peut vous priver de garanties ou de déductibilité fiscale. Faites le point avec votre expert-comptable dès la création de la structure.
Quel net cible visez-vous en courte et longue durées d’arrêt ?
Définissez un montant précis qui couvre vos charges fixes personnelles et professionnelles. Cela détermine le niveau d’indemnités journalières à souscrire.
Quel barème d’invalidité est appliqué et quelle méthode de calcul ?
Exigez un barème professionnel et la méthode T/66 si votre métier comporte des gestes techniques spécifiques. Cela fait une différence considérable sur les invalidités partielles.
Quelles franchises et exclusions s’appliquent concrètement à votre métier ?
Listez vos risques réels (dos, stress, déplacements) et vérifiez qu’ils ne sont pas exclus. Négociez les rachats d’exclusion si nécessaire.
Comment seront traitées socialement et fiscalement vos cotisations ?
Pour un TNS, vérifiez les plafonds Madelin. Pour un assimilé salarié, assurez-vous que le régime collectif est conforme pour bénéficier des exonérations. Un accompagnement adapté permet d’optimiser ce volet : si vous souhaitez faire le point, comparez aussi l’impact sur votre patrimoine immobilier et l’ensemble de vos engagements financiers.





