Usufruit et nue-propriété

À retenir :

  • démembrement = partager la propriété entre
    • un usufruitier = usage + revenus
    • un nu-propriétaire = propriété « de fond »

Le démembrement est un outil clé pour transmettre, optimiser la fiscalité et organiser le patrimoine.

Comment définit-on l’usufruit et la nue-propriété ?

Le droit de propriété se décompose en trois attributs : usus (utiliser), fructus (percevoir les revenus), abusus (disposer/vendre). Le démembrement sépare ces attributs :

  • L’usufruitier a l’usage du bien et encaisse les revenus (loyers, dividendes).
  • Le nu-propriétaire détient la « coquille » du bien et récupère la pleine propriété à l’extinction de l’usufruit (décès ou terme).

Bon à savoir

Le démembrement peut être viager (jusqu’au décès de l’usufruitier) ou temporaire (pour une durée fixe, fréquemment 10 ans).

Dans quels cas utilise-t-on le démembrement ?

  • Donation avec réserve d’usufruit pour transmettre tôt tout en gardant les revenus.
  • Succession pour protéger le conjoint survivant.
  • Achat croisé parent/enfant pour sécuriser l’usage et anticiper la transmission.
  • SCPI démembrées pour viser des objectifs précis : revenus pour l’usufruitier, décote d’achat et absence d’imposition courante pour le nu-propriétaire.
  • Assurance-vie avec clause bénéficiaire démembrée (quasi-usufruit + créance de restitution).

Exemple
Vous donnez la nue-propriété d’un appartement locatif à votre fille et conservez l’usufruit. Vous continuez à percevoir 12 000 € de loyers/an et gérez la location. Au décès, votre fille récupère la pleine propriété automatiquement.

Comment évalue-t-on l’usufruit et la nue-propriété ?

Quelle valorisation utilise-t-on pour un usufruit viager ?

Le barème fiscal (art. 669 CGI) dépend de l’âge de l’usufruitier à la date de l’opération.

Âge de l’usufruitierValeur de l’usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
21 à 30 ans80 %20 %
31 à 40 ans70 %30 %
41 à 50 ans60 %40 %
51 à 60 ans50 %50 %
61 à 70 ans40 %60 %
71 à 80 ans30 %70 %
81 à 90 ans20 %80 %
91 ans et plus10 %90 %

Comment valorise-t-on un usufruit temporaire ?

La valeur fiscale de l’usufruit temporaire est de 23 % de la pleine propriété par période de 10 ans (soit 23 % pour 0–10 ans, 46 % pour 10–20 ans).

Durée de l’usufruitValeur de l’usufruitValeur de la nue-propriété
0–10 ans23 %77 %
10–20 ans46 %54 %

Exemple
Bien de 400 000 € démembré pour 10 ans : nue-propriété = 308 000 € (77 %), usufruit = 92 000 € (23 %).

Bon à savoir

En pratique, sur le marché des SCPI démembrées, on observe des décotes de nue-propriété souvent comprises entre 30 % et 40 % pour un usufruit de 10 ans. Ces décotes sont commerciales ; le fisc retient le barème ci-dessus.

Quelle fiscalité s’applique sur les revenus, les plus-values et l’IFI ?

Qui paie l’impôt sur les revenus ?

L’usufruitier déclare les revenus courants :

  • Loyers : régime foncier (micro-foncier si conditions ou réel).
  • Dividendes/Intérêts : PFU 30 % (12,8 % IR + 17,2 % prélèvements sociaux), ou option barème.

Comment traite-t-on les plus-values ?

  • Extinction naturelle de l’usufruit (décès/terme) : pas d’imposition au moment de la réunion de propriété.
  • Vente d’un bien démembré avant le terme : opération possible si toutes les parties cèdent. Le prix se répartit entre usufruitier et nu-propriétaire au prorata de leurs droits fiscaux. La plus-value se calcule pour chacun selon ses propres paramètres (prix d’acquisition/abattements).

Qui est redevable de l’IFI ?

En principe, l’usufruitier déclare la valeur en pleine propriété du bien à l’IFI (seuil du patrimoine immobilier net : 1,3 M€).
Des exceptions limitées existent (notamment certains usufruits légaux en succession) avec répartition entre usufruitier et nus-propriétaires.

Comment réalise-t-on une donation avec réserve d’usufruit ?

  1. Choisir le bien (immobilier, parts de SCPI, titres).
  2. Fixer la forme : viager (âge-barème) ou temporaire (23 %/10 ans).
  3. Signer l’acte chez notaire (obligatoire pour l’immobilier).
  4. Déclarer et payer les droits sur la seule valeur de la nue-propriété.
  5. Organiser la gestion : qui paie quoi ? quelles règles de vente ?

Exemple chiffré
Donation de la nue-propriété d’un bien de 500 000 € à deux enfants.

  • Vous conservez l’usufruit.
  • Vous avez 68 ans : nue-propriété 60 % soit 300 000 €.
  • Base par enfant : 150 000 €.
  • Abattement en ligne directe : 100 000 € par parent/enfant (renouvelable tous 15 ans).
  • Droits par enfant sur 50 000 €8 200 € (barème progressif).

Revenus locatifs : vous continuez à percevoir 18 000 € par an et à les déclarer.

Avantage fiscal

L’assiette taxable étant la nue-propriété, la donation peut « coûter » moins de droits qu’une donation en pleine propriété. Vous utilisez en plus les abattements de 100 000 € par enfant.

Bon à savoir

Le « don familial de sommes d’argent » peut ajouter 31 865 € d’abattement (conditions d’âge) par donateur et par bénéficiaire, cumulable avec l’abattement de 100 000 €.

Quelles charges pèsent sur l’usufruitier et sur le nu-propriétaire ?

  • Usufruitier : entretien, charges courantes, impôts locaux liés à l’usage (ex. taxe d’habitation si occupant), travaux non structurels.
  • Nu-propriétaire : grosses réparations (art. 606 C. civ. : gros murs, voûtes, poutres, toitures complètes…), hors détérioration imputable à l’usufruitier.

Illustration
Toiture à refaire : 40 000 €. Réparation lourde = charge du nu-propriétaire. Peinture et chaudière : entretien courant = charge de l’usufruitier.

Comment la clause bénéficiaire démembrée d’assurance-vie fonctionne-t-elle ?

Le capital décès peut être attribué en usufruit au conjoint survivant et en nue-propriété aux enfants. Le conjoint reçoit les fonds en quasi-usufruit ; les enfants détiennent une créance de restitution exigible au décès du conjoint.

  • Objectif : protéger le conjoint (liquidités immédiates) tout en sécurisant la transmission aux enfants.
  • Fiscalité : elle dépend de l’âge des primes (avant/après 70 ans) et du régime de l’assurance-vie. L’enjeu principal est d’écrire la clause et l’inventaire de quasi-usufruit pour matérialiser la créance.