La clause de préciput est une stipulation que vous ajoutez à votre contrat de mariage :
- Elle autorise le conjoint survivant à prélever, avant tout partage, un ou plusieurs biens communs : un bien en nature (par exemple la résidence principale), une somme d’argent, ou un ensemble de biens défini.
- Ce prélèvement se fait avant la liquidation de la communauté.
Bon à savoir
Comment cela fonctionne-t-il concrètement ?
Au décès d’un conjoint :
- on réalise d’abord le prélèvement prévu (ex. : « le conjoint survivant prélève la résidence principale » ou « prélève 200 000 € sur les comptes communs »).
- Ensuite seulement, on partage le reste de la communauté en deux : 50 % au survivant, 50 % dans l’actif successoral du défunt.
- Enfin, on applique les règles de succession sur l’actif successoral (options du conjoint, parts des enfants, etc.). Pour mieux comprendre ces mécanismes, consultez notre guide sur le décès du conjoint.
Exemple simple : communauté de 600 000 €, dont la résidence principale vaut 400 000 €. Clause : « préciput sur la résidence principale ».
- Étape 1 : le survivant prélève 400 000 € (la résidence).
- Étape 2 : il reste 200 000 € dans la communauté, partagés par moitié : 100 000 € au survivant, 100 000 € dans la succession.
- Étape 3 : s’il y a 2 enfants et pas de donation entre époux, le conjoint recueille 1/4 en pleine propriété de la succession (25 000 €) et les enfants 3/4 (75 000 €).
Impact : la part revenant aux enfants est passée de 225 000 € (sans préciput) à 75 000 € (avec préciput).
Quels sont les avantages recherchés ?
- Protection du cadre de vie : sécuriser la résidence principale, un compte de trésorerie, un portefeuille-tampon, la voiture, etc.
- Simplicité opérationnelle : pas d’indivision immédiate avec les enfants sur les biens « préciputés ».
- Souplesse de rédaction : en nature (un bien identifié), en somme (ex. : 150 000 €), ou en forfait (ex. : « le mobilier et la voiture »).
- Neutralité fiscale au décès du conjoint : depuis 2007, le conjoint survivant est exonéré de droits de succession (taux effectif 0 %). Retrouvez toutes les règles dans notre guide complet sur l’impôt sur le revenu.
Avantage fiscal
Quelles limites et quels risques devez-vous intégrer ?
- Enfants non communs : si vous avez des enfants d’une autre union, ils peuvent exercer l’action en retranchement si l’avantage excède la quotité disponible.
Rappels chiffrés de réserve héréditaire sur la succession du défunt :
– 1 enfant : réserve 1/2 ; quotité disponible 1/2
– 2 enfants : réserve 2/3 ; quotité disponible 1/3
– 3 enfants ou plus : réserve 3/4 ; quotité disponible 1/4
Le préciput qui aurait pour effet de « déshériter » au-delà de ces limites peut être réduit. - Biens propres : le préciput ne porte que sur les biens communs. Vous ne pouvez pas préciputer un bien propre du défunt.
- Liquidité : si vous préciputez un immeuble grevé d’un emprunt, le survivant reprend le bien avec la dette résiduelle. Utilisez notre simulateur de crédit immobilier pour évaluer le capital restant dû.
- Arbitrage familial : trop large, la clause peut tendre les relations ; trop étroite, elle perd son utilité. En cas de divorce, la clause de préciput devient caduque.
Attention
Quels biens pouvez-vous viser et comment les calibrer ?
Vous pouvez cibler :
- Résidence principale (souvent 200 000 € à 800 000 € selon les zones),
- Comptes bancaires communs (par exemple un plancher de 50 000 € à 200 000 € pour la trésorerie courante),
- Portefeuille titres (ex. : « préciput de 100 000 € pour financer 24 mois de dépenses »),
- Mobilier/voiture (souvent 5 000 € à 30 000 € en valeur globale),
- Parts de SCI si elles sont communes – découvrez notre guide complet sur la SCI pour comprendre les enjeux patrimoniaux.
Pratique : vous pouvez combiner un bien identifié (ex. : la résidence) + une somme d’argent (ex. : 100 000 € de liquidités). Pour anticiper l’impact d’une transmission, notre simulateur de donation gratuit vous permet de chiffrer les droits éventuels.
Comment cela se compare-t-il aux autres outils courants ?
- Donation entre époux (au dernier vivant) : accroît les droits du conjoint dans la succession (usufruit de tout, ou 1/4 / 1/2 / 3/4 en pleine propriété selon le cas). Le préciput intervient avant la succession : utile pour « sortir » un bien clé. Les deux sont cumulables.
- Clause d’attribution intégrale (communauté universelle) : tout va au conjoint. Très protecteur, mais souvent réductible en présence d’enfants non communs.
- Tontine sur un bien isolé : efficace pour un bien unique, mais plus rigide et avec des effets fiscaux spécifiques en cas de revente.
En complément, pensez à optimiser votre rémunération pour alimenter la communauté et renforcer l’effet protecteur du préciput.
Quel est le coût et quel calendrier prévoir pour la mise en place ?
- Acte notarié : la modification ou l’ajout d’une clause passe par un notaire.
- Droit fixe d’enregistrement : 125 €.
- Frais et émoluments : variables selon le dossier et la valeur des biens visés ; prévoyez souvent 800 € à 2 500 € TTC pour une clause simple intégrée à un changement de régime sans liquidation complexe.
- Droit de partage (si liquidation/partage de communauté) : 1,10 % de l’actif net partagé.
- Publication foncière (si immeuble) : contribution de sécurité immobilière 0,10 % + débours (publicité, géomètre, etc.).
Attention
Quelle fiscalité s’applique après le décès ?
- Droits de succession : 0 % pour le conjoint survivant (exonération en vigueur depuis 2007). L’article 775 bis du CGI prévoit par ailleurs des abattements spécifiques à connaître.
- IFI : le bien préciputé entre dans l’assiette du survivant. Seuil d’entrée : 1 300 000 € de patrimoine immobilier net au 1er janvier.
- Plus-value immobilière : le préciput n’est pas une vente. Pas d’imposition immédiate. La plus-value sera calculée lors d’une revente future, selon la durée de détention initiale (abattements au bout de 22 ans pour l’impôt, 30 ans pour les prélèvements sociaux, sauf exceptions).
- Impôts locaux et charges : ils suivent le bien préciputé (taxe foncière, charges de copropriété, assurances).
Bon à savoir
Exemple 1 : préciput sur la résidence principale
« Le conjoint survivant aura la faculté, avant tout partage de la communauté, de prélever à son profit exclusif la propriété de l’immeuble situé [adresse], servant de résidence principale au couple, avec toutes ses dépendances, libre de tout partage avec les héritiers. »
Exemple 2 : préciput sur une somme d’argent
« Le conjoint survivant aura la faculté, avant tout partage de la communauté, de prélever à son profit exclusif une somme de [montant] € sur les avoirs bancaires communs. »
Exemple 3 : préciput sur les biens mobiliers
« Le conjoint survivant aura la faculté, avant tout partage de la communauté, de prélever à son profit exclusif l’ensemble des meubles meublants, objets mobiliers et véhicules dépendant de la communauté. »
Pour aller plus loin dans la protection de votre conjoint et l’optimisation de votre stratégie patrimoniale, découvrez également les pièges à éviter avec le PER et les stratégies fiscales associées.


